Enseigner la Shoah en LP : Cinéma et Shoah - Lettres Histoire Géographie en Lycée Professionnel

Enseigner la Shoah en LP : Cinéma et Shoah Compte rendu de l’intervention d’Ophir Lévy (Conférence cinéma et Shoah)

, par Jérôme SAUTIER - Format PDF Enregistrer au format PDF

Dans le cadre de la formation de formateurs de l’académie de Rouen, les historiens du mémorial de la Shoah sont intervenus les 7 et 8 février 2019 sur la question de l’enseignement de la Shoah.

Compte rendu de l’intervention d’Ophir Lévy sur M. Klein. (Conférence cinéma et Shoah)

M. Klein est un film de Joseph Losey sorti sur les écrans français en 1976. Ce film se déroulant en 1942 raconte l’histoire de Robert Klein (catholique d’origine alsacienne) qui profite de la guerre pour racheter à bas prix des œuvres d’art appartenant à des juifs. Or, un jour, il trouve sur son paillasson un exemplaire à son nom d’un périodique diffusé auprès des juifs de France.
A partir de ce moment M. Klein sera pris dans une enquête et une quête d’identité, ce qui le mènera jusqu’à la rafle du Vel d’Hiv.

Deux passages retiennent particulièrement l’attention du spectateur. Le premier constitue l’ouverture du film. Le spectateur assiste une « visite médicale » qui vise à définir le degré d’aryanité d’une femme. Cette scène très brutale, cadrée en gros plan, permet la micro-lecture des émotions internes qu’essaie de retenir la femme. C’est la fragmentation de l’humain, la « chosification ». La froideur clinique du « médecin » et la technicité ridicule de son vocabulaire aboutissent finalement à une conclusion…peu concluante puisque le cas est jugé « douteux ».
Cette scène fidèle aux méthodes et aux pratiques de Georges Montandon montre à quel point il sera question d’identité dans ce film. Au drame personnel de M. Klein se superpose la tragédie collective de juifs.

Le deuxième passage se situe à la fin du film, au moment de la rafle du Vel d’Hiv. M. Klein se laisse embarquer n’ayant pas réussi à prouver sa vraie identité. Ce qui est surprenant dans cette scène, ce sont les choix du réalisateur. La scène se déroule en hiver et en plein air.

Si la scène de la « visite médicale » était proche historiquement de ce qu’a pu pratiquer Montandon, on peut se demander alors pourquoi Joseph Losey s’est éloigné du déroulement de la rafle de 1942.
La réponse est peut-être à chercher du côté de l’actualité de l’époque. En effet, trois ans avant la sortie du film, le Chili connait un coup d’état militaire violent. Le « Estadio nacional » est transformé en centre de détention, de torture et d’exécutions (https://criminocorpus.hypotheses.org/25970)

Le film propose de nombreux tunnels, comme des passages vers un futur soit proche ou plus lointain. Ainsi « la visite médicale » préfigure les centres de mise à mort et la rafle dans le stade à ciel ouvert, un rappel de la barbarie à nos portes.

Voir en ligne : Pour aller plus loin

Mots-clés

Police pour dyslexie ?
Interlignage double ?