Enseigner la Shoah en LP : La Shoah à travers la littérature - Lettres Histoire Géographie en Lycée Professionnel

Enseigner la Shoah en LP : La Shoah à travers la littérature Enseigner la Shoah à travers la littérature

, par Vincent Luce - Format PDF Enregistrer au format PDF

Dans le cadre de la formation de formateurs de l’académie de Rouen, les historiens du mémorial de la Shoah sont intervenus les 7 et 8 février 2019 sur la question de l’enseignement de la Shoah.

Enseigner la Shoah à travers la littérature :

A l’occasion des journées de formation des 7 et 8 février derniers au lycée Flaubert Mr Alban Perrin, coordinateur de la formation au Mémorial de la Shoah et chargé de cours à Science-Po Bordeaux, est intervenu sur le thème : « Enseigner la Shoah à travers la littérature ». Dans les lignes suivantes vous trouverez les œuvres présentées :

1) Si c’est un homme de Primo Lévi (1947).

L’auteur italien évoque la sélection à l’arrivée au camp (Auschwitz) d’hommes valides. Primo Lévi reprend très précisément le vocabulaire utilisé par les nazis. On peut observer un dédoublement du regard du narrateur dans l’alternance de passages au passé et d’autres au présent mais aussi une prise de distance, un regard froid, pas de pathos. Chimiste de formation Primo Lévi livre un récit presque médical au ton méthodique.

2) La trêve de Primo Lévi (1963).

Ouvrage sans doute moins connu mais il s’agit de la suite de Si c’est un homme. Le roman commence au moment où les soviétiques libèrent le camp d’Auschwitz, c’est donc la continuité de Si c’est un homme qui s’achève juste avant cet évènement.

3) Sans fleurs ni couronnes d’Odette Elina (2005).

Cette française a été arrêtée en 1944 et déportée à Auschwitz, elle raconte entre autres la vie du camp mais aussi la libération de ce dernier en janvier 1945.

4) Être sans destin d’Imre Kertész (1975).

A l’âge de 15 ans I. Kertész, hongrois originaire de Budapest, est arrêté et déporté à Auschwitz. Dans cette œuvre il dit vouloir redevenir un être sans destin, récupérer son destin dans le sens où il n’a pas choisi d’être prédestiné à finir dans un camp d’extermination.

5) Au cœur de l’enfer de Zalmen Gradowski

Texte découvert dans le camp d’Auschwitz en mars 1945. Dès 1942 l’auteur polonais, après que toute sa famille ait péri dans les chambres à gaz, intègre les Sonderkommandos. Il mourra en octobre 1944 lors d’une révolte dans le camp. Ce texte est publié également dans Des voix sous la cendre, Manuscrits des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau (Calmann-Lévy 2005).

6) Préface en prose de Benjamin Fondane.

L’auteur roumain vient en France dans les années 1920 et côtoie les surréalistes, en particulier T. Tzara. Il est naturalisé français en 1938 et écrit principalement en français. Il meurt en octobre 1944 dans une chambre à gaz du camp d’Auschwitz. Dans ce texte il parle comme s’il était déjà mort, voir le texte intitulé « C’est à vous que je parle », il se place en homme assassiné, victime qui crie son humanité et qui représente l’instant de son assassinat. Le texte est présent dans une anthologie consacrée à l’auteur : Le mal des fantômes.

7) Vie et destin de Vassili Grossman.

Cet auteur, issu d’une famille juive, est journaliste correspondant de guerre lors la seconde guerre mondiale. En 1943 il publie un texte intitulé Ukraine dans lequel il raconte sa découverte des massacres des juifs et de son ampleur. De plus c’est en revenant en Ukraine qu’il découvre la mort de sa propre mère qui n’a pu échapper aux Einsatzgruppen. Le roman Vie et destin forme un diptyque avec le premier récit intitulé Pour une juste cause. Vie et destin commence en 1942, les personnages sont tout autant terrorisés par l’Allemagne nazie que par l’URSS stalinienne. Ce récit est censuré pendant de nombreuses années, il ne paraîtra qu’en 1980.

D’autres auteurs ont été cités tels Aharon Appelfeld, Patrick Modiano (le roman Dora Bruder), Georges Perec et son célèbre roman en partie autobiographique W ou le souvenir d’enfance dans lequel il évoque la perte de ses parents et de ses grands parents lors de la guerre : « Je n’ai pas de souvenir d’enfance. Jusqu’à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j’ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j’ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. […] une autre histoire, la Grande, l’Histoire avec sa grande hache avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps ».
Outre ces récits des bandes dessinées ont été présentées par M. Perrin. Bien sûr l’incontournable Maus que l’on ne présentera plus mais dont l’intervenant dit que c’est grâce à cette immense œuvre que beaucoup d’auteurs de BD se sont en quelque sorte « décomplexés » pour parler de la Shoah. Citons tout de même une œuvre moins connue mais totalement visionnaire il s’agit de La bête est morte de Dancette, Zimmermann et Calvo parue en 1944. Publiée à l’automne 1944 elle a été réalisée clandestinement sous l’Occupation, elle est donc un acte de résistance. Elle se compose initialement de 28 planches, les auteurs parlent d’évènements qui leur semblent primordiaux comme par exemple le sort réservé aux juifs en France, la bataille de Bir Hakeim de 1942, etc… On sait peu de choses sur les conditions de réalisation de cette œuvre car elle n’a été vraiment redécouverte qu’au début des années 1970 et les trois auteurs étaient alors décédés. Pour finir une autre BD en 8 planches intitulée Master Race parue aux Etats-Unis en 1955 a été évoquée. C’est la première évocation de la Shoah dans la BD américaine après la guerre, dans le métro new-yorkais un ancien détenu juif des camps croise fortuitement l’un de ses anciens bourreaux. Cette œuvre a influencé Art Spiegelman par rapport à la création de Maus.

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