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Publié : 16 mai
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L’Albatros n°1 : Les mobilités

Le premier numéro de l’Albatros, consacré au thème de la mobilité, propose des pistes de lecture, des exemples d’usage, des actualités ainsi que des ressources scientifiques, didactiques et pédagogiques.

Edito

Les collègues du pôle TICE proposent une nouvelle publication : l’Albatros. Centré sur un thème, ce nouvel outil a pour vocation de favoriser les pratiques pédagogiques innovantes en lien avec le numérique. Chaque publication offrira des pistes de lecture, des exemples d’usage, des actualités ainsi que des ressources scientifiques, didactiques et pédagogiques.
Ce premier numéro, consacré au thème de la mobilité, est au coeur des problématiques des programmes actuels et à venir en lettres histoire géographie, enseignement moral et civique. Dans le cadre de la transformation de la voie professionnelle, nos disciplines participent pleinement à la compréhension des enjeux de la mobilité et fournissent une lecture éclairante du monde à nos élèves.

En vous souhaitant une excellente lecture,

Isabelle Fira
IEN lettres histoire-géographie

Les mobilités en Normandie

La mobilité désigne un déplacement accompli par une ou des personnes entre deux territoires. Elle dépend de l’offre de transport (mode de transport, technologies, infrastructures…) et répond à des besoins professionnels, domestiques ou sociaux. En observant la cartographie des navettes (migrations domicile-travail) à l’échelle régionale on peut faire ressortir la répartition des populations et des activités, ainsi que les dynamiques territoriales.

Comment s’organise la mobilité en Normandie et que nous dit-elle de notre territoire ?

Source : SIG (système d’information Géographique) de la Région Normandie, 2018, d’après des données INSEE de 2014.

Un indicateur des répartitions et des dynamiques territoriales :
Les flux supposent une concentration des populations et des activités en Seine-Maritime le long de l’axe Seine. La littoralisation est confirmée par les flux autour du Havre, Dieppe et de Caen-La Mer. Les territoires à la frontière du Calvados, de l’Eure et de l’Orne laissent apparaître un vide.
On observe une assez forte disparité entre le nord très dense et le sud de la région marqué par de faibles densités. Par ailleurs les mobilités confirment l’importance du phénomène de métropolisation avec un réseau urbain hiérarchisé dominé par la Métropole Rouen Normandie, Caen-La Mer et Le Havre. On devine également assez bien les mouvements centrifuges qui conduisent à l’implantation des populations vers des couronnes périurbaines qui s’étendent et se densifient. On peut également souligner la particularité de pôles ruraux comme Lisieux ou Bernay essentiellement sujets à des déplacements intégrant les territoires nord et les métropoles mais ignorant/excluant leurs territoires sud. De la même façon, les flux autour d’Evreux s’organisent principalement à l’ouest et au nord de la Communauté d’agglomération. Quant aux mobilités interrégionales motivées par le travail, elles s’organisent essentiellement entre Paris et l’Est de la Normandie, entre Paris et les trois métropoles normandes.
L’isolement apparent de certains territoires soulève la question de la mobilité subie du fait de l’organisation de l’espace et des activités, du fait de l’offre au cœur des territoires. En effet, la notion de mobilité a un deuxième sens : les possibilités de se déplacer, possibilités plus complètes au sein de nos métropoles.
Cette carte nous permet donc de mesurer l’inégale attractivité des territoires entre les métropoles, les villes moyennes et les EPCI plus rurales en périphérie sud de la Région.
C’est pourquoi, cette carte peut être travaillée en TBAC PRO dans le cadre d’une séance sur les mobilités en France (ce qui est modélisé à l’échelle nationale semble pouvoir s’observer à l’échelle de notre région), ou encore dans le cadre d’une séquence sur l’aménagement des territoires prenant en compte l’essor de ces mobilités, les différentes motivations, les enjeux et les impacts sur les territoires et les sociétés. Elle peut permettre à l’élève de penser son territoire et de se l’approprier.

Pour approfondir :
  • sig.normandie.fr
  • Le Micro-ONDE N°3 (Observatoire Normand des déplacements), trajet domicile travail, étude de la mobilité quotidienne des actifs en Normandie, juin 2018.
  • Emmanuelle Bonerandi, « De la mobilité en géographie », Géoconfluences, novembre 2004.
  • Dans les grandes agglomérations, la mobilité quotidienne des habitants diminue, et elle augmente ailleurs, Jean-Paul Hubert, Université de Paris-Est, Inrets-DEST et division conditions de vie des ménages, Insee Première N° 1252 - JUILLET 2009
  • Ville et mobilité : un couple infernal ? , Marc Wiel, Aube, 2005.

La France de demain : Littoraux et migrations ?

Face aux risques menaçant les habitants du littoral normand, quels aménagements prévoir ? Quelles mobilités anticiper ?

Le littoral normand, tantôt crayeux, tantôt sableux, est soumis à l’action marine et aux variations climatiques.
Un diagnostic de l’évolution du trait de côte normand est tout d’abord établi autour de trois exemples symptomatiques du littoral normand : l’érosion des falaises crayeuses (Criel-sur-Mer), la submersion marine dans les vallées à estuaire artificialisé (la Saâne à Quiberville-sur-Mer) et la montée du niveau de la mer dans l’estuaire de la Seine (Marais Vernier). A partir des différentes couches cartographiques présentes sur Edugéo, les élèves de Seconde sont répartis en groupe sur chaque exemple et chargés de constater les évolutions passées, actuelles et à venir du trait de côte et repérer les situations présentant un risque. Ils en assurent la cartographie et insèrent photos et vidéos aux croquis.
Les élèves de Terminale quant à eux récupèrent leurs données pour émettre des propositions d’aménagement dans le cadre des missions du Conservatoire du littoral. Ils mettent en avant les mobilités qui s’avèreront nécessaires pour les personnes concernées. La démarche prospective est présentée sous forme cartographique et oralisée, à la manière d’une intervention dans un comité de pilotage.

Pour approfondir :

Pour aller plus loin

Serious game : Des territoires, une voie (tracé LGV)

Ce Jeu a pour objectif de déterminer un tracé de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) prenant en compte les souhaits et les oppositions des acteurs concernés par la réalisation de la LGV. Le joueur modifie le tracé LGV et dialogue avec les acteurs pour trouver des solutions qui répondent au mieux aux objectifs et contraintes de toute nature.

Il a reçu le prix de l’innovation Vinci 2015 dans la catégories "Partenaires"

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Revues

Outil

  • Un site ressource pour accompagner la mobilité : Comment j’y vais.fr

La carte ATOUMOD permet d’ores et déjà à nos élèves de voyager avec une seule carte à travers toute la Normandie. Ce site, complémentaire, leur permet de calculer leurs itinéraires et de disposer d’informations trafic.
Cet outil peut être utilisé dans le cadre de l’accompagnement à la recherche de stage ou de l’aide à la construction de l’orientation post-bac.

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La mobilité ouvrière en France (1850-1975)

Des champs à la ville

La révolution industrielle s’est accompagnée d’un mouvement de populations sans précédent. L’exode rural a changé à jamais le paysage de la France et les immigrés de l’intérieur ont les premiers éprouvé le déracinement. Il faut attendre la fin du XIXe siècle, voire même la veille de la première guerre mondiale, pour que le mouvement s’inscrive fortement dans le paysage et la société. En dehors de quelques pôles nouveaux (dans le Nord-Pas-de-Calais et en Lorraine), les usines se sont d’abord implantées dans les faubourgs des villes. Le chemin de fer va d’ailleurs favoriser les concentrations industrielles des années 1860 - 1880 (Nord, Creusot, St Etienne pour la sidérurgie ; Lyon, Rouen, Lille, Roubaix, Mulhouse pour l’industrie textile). On s’exile d’abord de novembre à mars, quand les longs hivers ne donnent plus de travail dans les campagnes. Mais la crise des années 1930 pousse nombre des habitants des campagnes à s’installer définitivement en ville. Le dernier mouvement d’exode rural a lieu après 1945. Il correspond à une période de forte modernisation des exploitations : dans les années 1950 et 1960, la productivité y augmente à un rythme annuel de près de 7 %, libérant ainsi de la main d’œuvre au profit de l’industrie et des activités tertiaires, en fort développement. Ce dernier courant a contribué à l’exode rural des régions de l’Ouest.

De l’exode rural à l’immigration

Vers 1870, un nouveau tournant est pris avec la révolution du pétrole, de la chimie et de l’électricité. Cette fois, les industriels sont obligés de se tourner vers l’étranger. Mais ce sont surtout les Belges et les Italiens qui fournissent le gros des bataillons d’ouvriers, puis les Polonais, les Juifs… En 1851, un étranger sur trois est belge. En 1886, ils sont près de 500 000, surtout présents dans le nord de la France et jusqu’à dans la région parisienne, travaillant dans les mines et les usines textiles, et représentent alors à eux seuls 40 % des étrangers. Les italiens prennent la relève et après 1890, ils deviennent la plus forte communauté étrangère en France. Il s’agit de travailleurs sans qualification, recrutés le plus souvent dans les campagnes, implantés essentiellement en 1880 dans les départements du sud-est de la France, Bouches-du-Rhône, Var et Alpes maritimes, fortement présents dans les campagnes (comme ouvriers agricoles, bergers et bûcherons) mais surtout dans les grandes villes. Marseille est déjà à la veille de la Grande Guerre une ville « italienne ».

Le Paris provincial

On fonde des amicales pour ne pas couper les liens avec le pays d’origine, on envoie de l’argent au village pour contribuer au développement de l’économie locale mise en péril, on s’entraide. Ces tendances auront deux conséquences : la première est de voir souvent rassemblés dans un même quartier les gens originaires de la même région ; la seconde est de voir se spécialiser dans un même métier.

Pour approfondir :

E.E Schmitt "Ulysse from Bagdad"

Résumé

Ce livre raconte l’histoire d’un jeune irakien, Saad Saad qui quitte son pays en guerre pour tenter de faire vivre sa famille depuis l’étranger. Il se fixe comme objectif Londres, ville dans laquelle il aimerait fonder une famille. De l’Irak au Royaume-Uni, tel l’Ulysse de l’Odyssée, Saad Saad s’apprête à vivre une aventure, affrontant bien des dangers pour espérer atteindre sa terre promise. En accomplissant son périple, il doit faire face à son statut de clandestin. Pourchassé par les uns, exploité par les autres, Saad Saad reprend courage grâce à un père philosophe qui, par ses remarques fines et sensées, aide son fils à ne pas se perdre et à garder confiance.

En classe

Cet ouvrage s’inscrit parfaitement en classe de Terminale pour aborder l’objet d’étude : identité/diversité. L’aspect romanesque (dialogue avec le père disparu par exemple) permet de traiter la question des migrations et des mobilités autrement que par le biais parfois brutal de l’actualité. L’ouvrage permet aussi une approche philosophique car le sujet de l’identité y est traité avec beaucoup de profondeur mais à la fois beaucoup de simplicité. On peut travailler ce livre en classe sous forme d’œuvre intégrale mais aussi intégrer des passages dans des groupements de textes. On recommande particulièrement l’incipit et sa réflexion sur les noms et prénoms du héros ou la page 227 de l’édition présentée qui traite du rapport entre le lieu de naissance et la peur qu’engendre « le migrant » qui vient lui d’un lieu dangereux où chacun aurait pu naître. On remarque dans cette édition un journal d’écriture qui contient de précieux renseignements sur l’ouvrage et sa création. Remarquable.

Une mobilité à contre-courant : S. Tesson "Sur les chemins noirs"

La géographie actuelle affectionne la mobilité car la mobilité est synonyme de performance. Les flux sont scrutés, théorisés, quantifiés.
Les aménagements, les infrastructures grandioses sont les réceptacles de cette agitation. Et aux antipodes de ces nœuds, le vide a-t-il un intérêt géographique ?
En 2014 parait un rapport sur l’hyper-ruralité en France. L’étude porte sur la façon de connecter les territoires estampillés « marginaux » au développement du pays. La carte de la France « hyper-rurale » sert de point de départ à la réflexion de Sylvain Tesson. Muni de cartes IGN au 1/25000ème, il établit minutieusement l’itinéraire qui lui permettra de traverser la France du sud au nord en empruntant des chemins oubliés qu’il nomme « chemins noirs ». Le défi : traverser le pays sans fouler l’asphalte.

Ce périple de près de trois mois débute par l’ascension du col de Tende, frontière naturelle entre la France et l’Italie et s’achève par le cap de la Hague, finisterre normand. Au fil de cette déambulation, Tesson traverse des pays, échange quelques mots avec des gens qui y vivent. Il contemple de loin l’empreinte de l’homme passée et présente. Les traces des politiques successives d’aménagement du territoire, le grignotage des terres par le périurbain, le fleurissement des zones d’activités…
Cette mobilité à contre-courant, lente, à pas d’homme réhabilite l’identité de territoires délaissés par la géographie moderne. Conteur et non compteur de paysage, Tesson dépoussière le précis de géomorphologie de Max Derruau, sublime par les mots le panorama. Son parcours nous entraine forcément dans un recoin de France déjà foulé mais l’avions-nous ressenti de la même façon ?
C’est à la marge de la civilisation et du développement que progresse sa réflexion sur notre mode de vie. Tesson distille des éclats de pensée au gré des chemins noirs. Tel un géographe naturaliste, il s’interroge sur les rapports entre nature et société et constate l’absurdité de certaines actions sur le paysage.
Cette « hyper-ruralité » subsiste du fait de son apparente immobilité. Mais de nos jours, la déprise rurale, la désertification, l’enclavement sont des notions à combattre. Ne peut-on pas plutôt envisager ces contrées comme des écrins de résistance à l’uniformisation des territoires ?

Sur les chemins noirs parait en 2016. Cheminement à rebours de notre société dans lequel Sylvain Tesson affirme le droit des territoires à disposer d’eux-mêmes et à ne pas s’inscrire dans le processus de la mondialisation.

En classe

L’œuvre de Sylvain Tesson peut légitimement servir de support au programme de terminale bac pro. En effet :

  • Il incarne l’homme et son rapport au monde au XXème siècle
  • Il illustre de façon concrète l’aménagement du territoire en France

Nellie Bly "Le tour du monde en 72 jours"

Résumé

En 1888, il vient à l’idée de Nellie Bly de faire le tour du monde pour battre le record de Phileas Fogg, le héros de Jules Verne. Avec seulement un simple sac à main et l’aide de son journal le New York World, cette jeune journaliste américaine relève ce défi et entame une folle et intrépide traversée. En 72 jours, elle boucle cette expédition.

En classe

Cette œuvre peut être étudiée dans l’objet d’étude « parcours de personnages » autour de la problématique « En quoi l’histoire du personnage étudié, ses aventures, son évolution aident-elles le lecteur à se construire ? » et en développant l’attitude suivante « Être curieux de connaître d’autres personnages, d’autres expériences, d’autres lieux, d’autres époques, à travers des œuvres de fiction. »
L’attrait de ce livre est qu’il mêle en même temps le récit de cette jeune femme et les articles parus alors sur son challenge dans le New York World.

Lettres - Cinema

Carnets de voyage, de Walter Salles, 2003.

En 1952, deux jeunes Argentins, Alberto Granado et Ernesto Guevara, partent à la découverte de l’Amérique latine. Ils débutent leur périple sur une vieille moto baptisée "La Vigoureuse". La confrontation avec la réalité sociale et politique des différents pays visités altère la perception que les deux amis ont du continent.

Into the wild, de Sean Penn, 2008

Tout juste diplômé de l’université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l’existence confortable et sans surprise qui l’attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.
Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.

Dans les forêts de Sibérie, de Safy Nebbou , 2016.

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal.

En classe :

Le road-movie est le genre cinématographique de la mobilité. Il peut être exploité en classe par le biais de ces deux objets d’étude :

-  Parcours de personnages (2 Bac Pro)
Comment le personnage se construit-il au contact des territoires et des populations ?
-  Identité et diversité (T Bac Pro)
Comment l’identité peut-elle s’enrichir au contact de l’autre et de l’ailleurs ?