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Publié : 10 février
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L’évaluation : entre approche normative et approche évolutive.

Rencontres BEF 2016-2017

Un résumé de l’intervention sur l’évaluation lors des journées BEF 2016-2017 dans l’académie de Rouen

Les rencontres par BEF nous ont invités cette année à réfléchir et à nous questionner au sujet de l’évaluation.

Étape nécessaire de l’apprentissage, plus ou moins bien vécue tant par les élèves que par certains enseignants, il nous a paru nécessaire de réfléchir à la place qui lui est accordée et à la signification qu’elle prend.

La réflexion invite d’abord à s’interroger sur la signification du terme « évaluer ». Ce terme est polysémique et complexe. Évaluer revient à prendre des informations sur des performances et/ou des comportements qui sont ensuite rapportées à des objectifs à atteindre ou à des normes.

L’évaluation est un moment de l’apprentissage. Elle intervient à la fin d’une leçon, d’un exercice. Elle a pour but de vérifier la qualité de l’apprentissage et est une étape nécessaire avant d’entamer un nouvel apprentissage qui s’appuie, complète, élargit le précédent. L’évaluation est d’abord un exercice intellectuel. Elle nécessite des connaissances restituées grâce à des efforts d’attention, de mémorisation… Mais l’évaluation n’est pas que cela.

L’évaluation est un signe. Elle signifie, renseigne… Elle renseigne d’abord sur le cours lui-même : quantité et qualité des connaissances prodiguées et donc attendues en retour. Elle renseigne aussi sur l’élève. Elle renseigne sur son niveau de connaissances. L’élève sait ou ne sait pas, atteint ou non le niveau attendu… L’évaluation renseigne sur les qualités de l’élève : précision, soin, imagination… Elle renseigne sur ce que la discipline, le cours signifient pour l’élève : intérêt, application… Elle renseigne sur ce que l’évaluation elle-même signifie pour l’élève : préparation ou non, crainte de la note… L’évaluation renseigne également sur l’enseignant. Elle renseigne sur ses attendus, par rapport au cours dispensé mais aussi par rapport à lui-même. L’évaluateur évaluant évalue l’élève sur sa capacité à rendre compte de son cours et donc de quelque chose qui vient de lui-même. L’évaluation est une évaluation de l’enseignant lui-même par le jeu de miroir de l’évalué.

Evaluer est donc quelque chose de délicat qui peut dépasser l’intention première de l’enseignant et avoir des conséquences dont il n’a pas toujours idée.

Ces rencontres par BEF ont été guidées par quelques grandes questions : Qu’est-ce qui est évalué ? Qui est évalué ? Le temps que l’on consacre à l’évaluation, et surtout ce que l’on en fait, est-il suffisant ? Evaluons-nous seulement ce qui est fait en cours ? Comment réussir à identifier sa propre position d’enseignant par rapport à ce qu’il est nécessaire de savoir ?

Ces pistes de réflexions nous ont amenés à mettre en perspective les modèles pédagogiques au sein desquels nous évoluons. Entre le modèle top down (descendant et normatif) et le modèle bottom up (développemental), quelle place est accordée à la note, pour quel usage ? Quel sens doit prendre l’évaluation pour les élèves ?

Le lycée professionnel concentre des profils d’élèves variés mais qui ont souvent comme point commun d’avoir subi une scolarité laborieuse, parfois chaotique, semée d’obstacles pas toujours surmontés. Un gros travail de remédiation et de réassurance est donc à faire auprès d’eux. Aborder l’évaluation dans cette perspective amène à considérer l’évaluation avant toute chose comme un élément formatif. L’enjeu ne se situe donc plus seulement dans ce qu’une note pourrait traduire mais aussi dans l’investissement dont vont faire preuve les élèves pour s’approprier cette évaluation et on peut l’espérer, pour progresser.

Des pistes concrètes visant à générer l’adhésion des élèves ont été partagées, allant de l’évaluation par contrat de confiance, défendue par André Antibi, à la co-construction des barèmes ou des évaluations elles-mêmes en passant par une évocation de la construction de tableaux permettant d’évaluer des compétences.

Que l’évaluation se concrétise par une note ou qu’elle passe par des étapes marquant l’acquisition de compétences, l’enjeu premier qui se joue est la nécessité de donner du sens à cette démarche, de manière à ce que les élèves comprennent pourquoi ils sont évalués et ce que cela peut leur apporter. D’où l’importance de rendre explicite ce que l’enseignant attend, tant sur le champ des connaissances à acquérir que sur le champ des compétences à maîtriser. Annoncer le programme du cours mais aussi celui de l’évaluation, rendre explicite l’implicite, donner un objectif à atteindre, compréhensible, en le bornant raisonnablement, là sont sans doute des éléments qui permettent de donner du sens et de l’intérêt à l’évaluation et qui peuvent générer l’implication et la responsabilisation des élèves.

Isabelle Broux, Marie-Gabrielle Ely-Goglin