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Publié : 26 juin 2014
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Le train des orphelins de Philippe Charlot et de Xavier Fourquemin

Un jour d’automne 1990, un vieil homme sonne à l’entrée d’une maison bourgeoise de Syracuse (Etat de New York). Harvey Young vient rendre une visite lourde de sens à un vieil avocat en fauteuil roulant qui, étrangement, l’appelle Jim. L’histoire de Jim a basculé bien des années plus tôt, en 1920, alors qu’il n’était qu’un enfant. A l’époque, Jim et son frère Joey sont abandonnés par leur père dans un orphelinat parmi d’autres gamins. Or l’orphelinat ne peut garder tous les enfants. Une vieille femme, veuve d’un pasteur, propose alors au directeur de l’établissement d’encadrer un convoi ferroviaire d’enfants à destination de l’Ouest américain. Dans chaque ville-étape où s’arrêtera le train, une « distribution » d’enfants sera gratuitement proposée aux agriculteurs locaux. Jim et son frère, rejoints par leur petite sœur, font partie du voyage. Dans le train des orphelins, les enfants expérimentent la fraternité, l’amitié, la confiance, l’entraide, mais font aussi les frais de la trahison de ceux qui, faute d’être bien nés, font tout pour être bien adoptés…

Ce récit est inspiré de faits réels. Le titre fait allusion à un système d’adoption mis en place pour endiguer le nombre massif, sur la côte Est américaine, d’enfants sans famille issus de l’émigration européenne. L’initiateur, le révérend Charles Loring Brace, darwiniste convaincu, était persuadé qu’il suffisait de retirer les enfants de leur milieu corrupteur pour en faire des hommes bons et d’honnêtes citoyens.

De 1854 à 1929, peut être deux cents cinquante mille enfants ont été placés. Les enfants partaient sans la moindre photo ni l’adresse de leurs parents. On leur expliquait qu’ils avaient connu une vie difficile mais qu’ils allaient démarrer une nouvelle existence. Ils ne devaient garder aucun lien avec leur milieu d’origine. Ils devaient tout oublier. Ils acquièrent une autre identité sans pour autant perdre la mémoire.

Le déroulement des adoptions relevaient de la mise en scène : on installait les enfants sur un podium, en les faisant éventuellement chanter et danser pour que les potentiels adoptants puissent les observer sous toutes les coutures, comme on le faisait dans une foire aux bestiaux.

Les fratries étaient séparées, les handicapés rejetés. Les efforts des mères biologiques pour les retrouver ont été vains. Les familles d’adoption les ont souvent considérés comme de la main d’œuvre bon marché. Désireuses de favoriser le peuplement de l’Ouest, et dans la perspective de l’ouverture de nouvelles lignes, les compagnies ferroviaires acceptaient parfois de transporter gratuitement ces enfants…

Philippe Charlot et Xavier Fourquemin livrent un récit émouvant sur un aspect méconnu de l’histoire sociale des Etats-Unis. Le graphisme est attrayant. Les dessins font bien ressortir les traits de caractère de chaque personnage. Les dialogues, alternant langage soutenu et langage écorché en fonction des personnages, permettent une immersion dans ce train qui a permis, sur le long terme, le plus grand déplacement d’enfants de l’histoire. Les Etats-Unis n’ont pas été le seul pays à mettre en place ce genre de pratique : entre 1963 et 1982, 1 630 enfants réunionnais ont été déplacés dans les campagnes françaises, notamment dans la Creuse. Le 18 février 2014, l’Assemblée nationale a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans l’affaire dite « des enfants de la Creuse ».

4 tomes. 2 cycles.

Aux éditions Bamboo.

Marie-Gabrielle Ely-Goglin