Vous êtes ici : Accueil > Français > Bac pro > Seconde > Des goûts et des couleurs, discutons-en > AVATAR(S) d’un phénomène mondial
Publié : 8 février 2010
Format PDF Enregistrer au format PDF

AVATAR(S) d’un phénomène mondial

Le succès du film Avatar s’inscrit pleinement dans notre époque : fascination pour les prouesses techniques, mesure de la réussite par des chiffres (coûts de productions, moyens donnés au tournage, nombre d’entrées, recettes...), mondialisation des goûts, résonance avec les préoccupations liées à la préservation de la planète et au développement durable. Ce film s’inscrit aussi dans des récits, des personnages et des thèmes profondément ancrés dans la culture collective. Il paraît donc offrir une riche opportunité de réflexion pour la classe.

Cet article propose quelques pistes pour concevoir à partir de ce film une séquence croisant deux objets d’étude de Seconde Bac Pro Des goûts et des couleurs discutons-en et Parcours de personnages.

Références aux objets d’étude

Des goûts et des couleurs, discutons-en
- En quoi la connaissance d’une œuvre et de sa réception aide-t-elle à former ses goûts et/ou à s’ouvrir aux goûts des autres ?

Parcours de personnages
- Les valeurs qu’incarne le personnage étudié sont-elles celles de l’auteur, celles d’une époque ?

Attitudes :

Être curieux de différents langages artistiques.
Se laisser interroger par les valeurs incarnées dans un personnage.

Être curieux de connaître d’autres personnages, d’autres expériences, d’autres lieux, d’autres époques, à travers des œuvres de fiction.

Lancement de la séquence : Comment un film devient-il un phénomène mondial ?

Capacités :

Exprimer à l’oral et à l’écrit une impression, un ressenti, une émotion.

Argumenter à l’écrit : énoncer son point de vue, le soutenir par des arguments.

Connaissances :

Lexique : beau/laid, plaisant/ennuyeux

Activités élèves :

Échange collectif autour des représentations que les élèves ont du film Avatar.

Autour des affiches : Possibilité de travail sur les nombreuses versions d’affiches du film : quels éléments sont récurrents ? lesquels diffèrent ? quelles affiches sont "expressives, évocatrices", lesquelles font la plus grande place à l’imagination ? quelle affiche pour quel public (âge, nationalité) ?…

L'affiche choisie pour la France"
L’affiche choisie pour la France

Activité d’écriture : rédiger un bref texte commençant par « J’ai envie de voir ce film parce que… » ou « Je n’ai pas envie de voir ce film parce que… » (Pour les élèves ayant vu le film, proposer la variante « Je suis allé-e voir ce film parce que… »). Contrainte d’écriture : donner aux moins trois arguments, employer des termes relevant du lexique du beau/laid, plaisant/ennuyeux, perception/sensibilité, adhésion/refus (possibilité de donner des listes de mots aux élèves pour enrichir l’expression).

Lecture collective des productions et premier tri : les arguments qui mobilisent des enjeux esthétiques et fictionnels (rêve, beauté, intrigue, personnages…) / les arguments qui mobilisent d’autres enjeux (prouesse technique, film que tout le monde a vu…).
Mettre en évidence que l’impact du film dépasse les critères habituels du jugement de goût, que le film mobilise d’autres enjeux (économiques, techniques, idéologiques) que ceux ordinairement associés au cinéma (intrigue, personnages, acteurs, réalisateur, écriture…).

Travail sur l’article de Libération du 20 janvier 2010. Selon Olivier Séguret, pourquoi Avatar est-il un phénomène mondial ?
Mise en évidence de trois aspects : succès économique exceptionnel (la réussite économique comme mesure de la réussite d’un film, fascination pour la technologie), un impact universel (résonance avec les interrogations universelles de l’époque), un récit réussi (adhésion des amateurs du genre science-fiction et du grand public).

Le pactole « Avatar »

Le film a dépassé les 1,6 milliard de dollars de recettes.

Osons : c’est titanesque. Et c’est même titaniquien : Avatar va devenir d’ici quinze jours le plus gros succès de l’histoire mondiale du cinéma. […] Sur tous les territoires où il est exploité, il est resté en tête les trois premières semaines de son exploitation. En quatrième semaine, ses recettes ne faiblissaient que de 18%, aussi bien aux Etats-Unis, où Avatar a enfoncé toutes les performances locales, que dans le reste du monde, Chine comprise. Ce lundi, le film dépassait les 1,6 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) de recettes globales et n’avait plus devant lui, sur la plus haute marche, à 200 petits millions près, que Titanic, réalisé par le même Cameron… […]

Une fois saluée l’énormité de la victoire remportée par Cameron sur lui-même, il faut à se poser la délicate question du pourquoi. Il y a bien sûr les réponses traditionnelles, que confirment les études qualitatives : non seulement le bouche à oreille est extrêmement favorable au film, ce qui explique la longévité de ses hauts taux de fréquentation, mais de surcroît Avatar bénéfice déjà d’un important ratio de « revoyures », de nombreux spectateurs s’étant rendus à une deuxième séance (rare caractéristique réservée aux films phénomènes). Le film est donc reçu par le spectateur comme une promesse réalisée, un pacte tenu, un contrat rempli : la combinaison Cameron+ science-fiction + relief numérique n’a pas déçu les espoirs qu’elle a fait naître chez les amateurs, autant qu’elle a inspiré confiance au grand public, y compris familial.

Le timing involontaire mais parfait qui faisait coïncider le dévoilement final de cette grande fable pacifique, écologique et moderne avec l’heure même où la planète s’alarmait officiellement de son avenir à Copenhague a certainement contribué à démultiplier l’écho et l’attrait déjà considérables d’Avatar. Pour imaginer et comprendre le reste, il faudra attendre que le succès s’accomplisse entièrement (De combien dépassera-t-il Titanic ? Quelle sera sa carrière étendue en format Imax 3D ? Et ses ventes en VOD, en DVD ?). Et il faudra attendre encore plus longtemps pour connaître les effets sur l’industrie d’un tel triomphe. On lui prédit notamment une influence sur le développement de la filière du relief. Un sujet à propos duquel non seulement le cinéma mais aussi l’industrie de la télé sont plus que jamais sur le qui-vive.

OLIVIER SÉGURET, Libération 20 janvier 2010

Plutôt que de l’article de Libération, il est possible de partir d’une émission radiophonique pour effectuer le même travail. L’émission de Vincent Josse, Esprit Critique, diffusée sur France Inter le 21 janvier 2010 (écoutable en ligne), propose un débat entre les journalistes Thomas Sotinel du Monde, Jean-Marc Lalanne des Inrockuptibles, Eva Bettan de France Inter et Frédéric Lenoir, directeur du Monde des Religions qui s’interrogent sur les raisons du succès du film. D’une durée de quinze minutes, ce débat peut être l’occasion d’un apprentissage de la prise de notes.

Étape 1 : en quoi Avatar s’inscrit-il dans les valeurs économiques de notre époque ?

Capacités.

Repérer des informations, Analyser et interpréter une production artistique.

Connaissances.

Modalisation : termes mélioratifs.

Activités élèves.

Échange collectif autour d’un document mettant en avant les « performances d’Avatar », par exemple un extrait de l’article de Wikipedia (paragraphe « Autour du film » ) : sur quels aspects du film insiste-t-il ?
Mise en évidence de l’omniprésence des chiffres qui concernent soit l’ampleur économique du film soit la prouesse technologique : deux valeurs actuelles (goût pour les produits de haute technologie tels que iphone, écrans plats, consoles de jeux… ; mesure de la richesse par des nombres…).

Lecture documentaire. Les élèves répartis en groupes analysent deux ou trois critiques du film parues sur l’internet (nombreux exemples sur allociné ) : comment le journaliste met-il en évidence le fait que le film soit une prouesse économique et technologique ?

Travail à la maison. Lecture de la critique du film parue dans Le Nouvel Observateur.
Comment l’auteur évoque-t-il la démesure économique et technologique du film ? Quels autres aspects du film souligne-t-il ?

Étape 2 : en quoi Avatar s’inscrit-il dans les interrogations profondes de notre époque ?

Capacités.

Situer une production artistique dans son contexte.

Connaissances.

Notions d’individualité et d’universalité, de canons et de modes, de réception.

Activités élèves.

Visionnement de la bande annonce du film : quelles grandes préoccupations actuelles de l’humanité retrouve-t-on dans cette bande annonce ?
Préservation de la planète, fascination/répulsion pour les possibilités ouvertes par la science.

Lecture de la Une du quotidien Métro à l’occasion du sommet de Copenhague qui se tient en même temps que la sortie du film : quel lien établir entre les deux événements ? Souci planétaire du développement durable, pessimisme sur l’avenir de la planète (échec de Copenhague, passé mythifié comme un âge d’or dans Avatar).
Il est possible de faire référence aux programmes d’autres disciplines en lien avec l’Éducation au Développement Durable.

Une {Métro} 4 décembre 2009"
Une {Métro} 4 décembre 2009

Étape 3. Le scénario d’Avatar : un avatar ? En quoi l’intrigue et les personnages d’Avatar s’inscrivent-ils dans des canons ? Les dépassent-ils ?

Capacités.

Situer une production artistique dans son contexte, identifier les canons qu’elle sert ou qu’elle dépasse.

Analyser comment un personnage se construit à travers des mots, des attributs, des avatars.

Rendre compte à l’oral de ce qu’un personnage de fiction dit de la réalité.

Connaissances.

Notions d’individualité et d’universalité, de canons et de modes, de réception.

Activités élèves.

Étude d’un groupement de textes composé de :

- Roman d’Ursula Le Guin Le Nom du monde est forêt. 1972, traduit de l’américain par Henry-Luc Planchat, Editions Robert Laffont 1979 repris dans Le Livre de Poche (avec Le Dit d’Aka) en 2005 : extraits et quatrième de couverture de l’édition de 1979.
-  Bande dessinée de Vatine/Cailleteau, Aquablue. Tome 1. Nao, 1988. Editions Delcourt : planches, vignettes et synopsis.
-  Documents autour du film Avatar utilisé lors des étapes précédentes – articles, bande annonce -, et fiches personnages (voir article sur Avatar dans Wikipedia : rubrique Distribution.)

Des suggestions d’extraits pour composer ce groupement de textes sont données dans le document joint.

Groupement de textes - Etape 3 -  Word - 350 ko"
Groupement de textes - Etape 3

Aquablue

Le nom du monde est forêt

Réflexion autour de la définition du mot « avatar » dans le dictionnaire et dans le programme de Français.

Lecture : Rappel de la bande annonce : Avatar est aussi un récit qui met en scène le parcours d’un personnage. Présentation du corpus : il s’agit de dégager collectivement les points communs entre les intrigues des trois œuvres. Mise en évidence du fait qu’Avatar s’inscrit dans une continuité : récit d’initiation, opposition des purs et impurs, préservation d’un éden, oppression puis résistance des peuples autochtones, racisme du conquérant, cynisme des grandes entreprises qui exploitent des ressources naturelles…

Étude comparative des trois milieux naturels dans lesquels se déroulent les intrigues (la forêt ou le milieu aquatique sont déterminants dans l’intrigue).

Lecture : les élèves travaillent par groupes sur les personnages récurrents : héros et antihéros (le militaire, le scientifique, l’autochtone…) afin d’en dégager les caractéristiques. Chacun rend compte à l’oral de son travail : points communs et différences entre les personnages. Que disent ces personnages de fiction de la réalité ?

Le professeur a la possibilité d’élargir la réflexion à la dimension mythologique des personnages.

Étape 4. Bilan. Avatar : « un événement titanesque » ? "Révolution esthétique annoncée ou risible gloubiboulga écolo" ?

Capacités.

Analyser et interpréter une production artistique.

Connaissances.

Notions d’individualité et d’universalité, de canons et de modes, de réception.

Modalisation : termes péjoratifs et mélioratifs.

Activités élèves.

Lecture de deux critiques opposées de Télérama : repérage de l’utilisation du lexique péjoratif et mélioratif.

Écriture d’un texte dont la visée est de convaincre de voir ou de ne pas voir le film Avatar. Contraintes : le texte devra s’appuyer sur les trois aspects du film travaillés dans la séquence (dimension économique et technologique, dimension idéologique, dimension narrative) qui correspondent à trois paragraphes. L’écrit sera nuancé : utilisation obligatoire d’un lexique péjoratif et mélioratif quelle que soit l’opinion défendue. Parmi les trois paragraphes rédigés, l’un nuance la position affirmée dans les deux autres en s’y opposant. Si l’élève souhaite mettre en avant la réussite narrative du film, il pourra, par exemple, recourir à un lexique mélioratif dans le paragraphe abordant cet aspect. Les dimensions économiques et idéologiques étant alors relativisées par l’emploi d’un lexique péjoratif.

Conclusion / Ouverture : la réalité comme un avatar d’Avatar ?

Le film Avatar revisite des récits, des personnages et des thèmes profondément ancrés dans la culture collective. Son succès va le transformer à son tour en générateur de mythes ou d’images universellement connues, comme l’image de Leonardo Di Caprio à la proue du Titanic dans le film éponyme réalisé par le même James Cameron, l’est devenue.

A titre d’exemple, le professeur pourra faire réfléchir les élèves sur les images qui se sont imposées dans la presse mondiale pour rendre compte du séisme survenu à Haïti le janvier 2010. Une de ces images renvoie clairement à Avatar, comme si notre lecture de la réalité était irriguée par la fiction.

Photographie de Thony Belizaire, Haïti le 13 janvier 2010. AFP
Photogramme du film Avatar (2009)

Photogramme {Avatar}

Photogramme du film Avatar (2009)

L’article de Gérard Lefort paru dans Libération développe cette analyse.

L’ange de la désolation

En cas de malheur, on se demande toujours comment un photographe peut agir. Se retrancher derrière son appareil, inventer l’objectivité de son objectif. Thony Belizaire, l’auteur de cette photographie prise à Port-au-Prince dans la matinée de mercredi, a un « avantage » sur les dizaines de photoreporters qui sont en train de pleuvoir sur l’île sinistrée. Correspondant photographique de l’Agence France presse, Thony Belizaire est surtout haïtien. […]

C’est sûrement cette autochtonie qui fait la dignité, l’humanité et surtout l’intelligence de cette image. Qui a valeur militante puisque sa partition entre un très proche et un très lointain interroge les passions mises en jeu par cette mise en spectacle des malheurs du monde.
Au premier plan, préposée à l’identification, parce que reconnaissable comme une sœur humaine, une jeune femme dont l’hébétude lisible sur son visage doit tenir au trauma du séisme mais aussi peut-être à la stupeur d’être photographiée en ces circonstances ni festives ni touristiques. Au second plan, une foule indistincte qui vaque, sans doute à fouiller les décombres pour y trouver d’éventuels survivants ou de quoi se nourrir. Ici dans les ruines d’un supermarché si on en juge au carambolage de chariots qui émergent du béton broyé. Le regard fait la navette entre cette fille et cette foule.

Qu’est-ce qui ne va pas ? D’abord, le beau temps, le bleu du ciel. Hanté par on ne sait quel inconscient biblique, on voudrait que toute catastrophe soit synonyme de soleil voilé, de nuages sombres, de nuées ardentes. On sait que c’est en partie cette non-concordance des couleurs qui coûta la vie à bon nombre de touristes occidentaux incrédules quand le tsunami de décembre 2004 atteignit les stations balnéaires de la côte thaïlandaise sous un ciel radieux.

Ce qui dérange encore plus, c’est de reconnaître qu’on ne s’accroche à cette image que sur un mode fictionnel parce qu’elle met en jeu une vedette, des figurants et un « décor ». Mais à l’intérieur de ce registre où toute société est un spectacle permettant les singeries habituelles de la compassion et de la pitié de soi, il se passe quelque chose de vraiment sidérant avec cette jeune fille. La coïncidence mondialisée des images dominantes est telle qu’elle apparaît comme un quasi-sosie des créatures inventées par James Cameron pour son Avatar. N’était sa peau qui n’est pas bleue, elle a beaucoup, surtout les grands yeux, d’une de ces jeunes Na’vi qui, dans le film, peuplent la planète Pandora. A ce titre, elle est bien une métamorphose de nous-mêmes mais dans sa version bousillé et déchue. Tombé de la boîte de Pandora, un ange foudroyé dans un décor d’apocalypse.

GÉRARD LEFORT, Libération 16 janvier 2010
Martin FUGLER, IEN Lettres-Histoire - Académie de Strasbourg

Jean-Christophe PLANCHE, IEN Lettres-Histoire - Académie de Rouen